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Nodjonawa Koné

Le parcours d’une combattante

Saint-Thibault-des-Vignes · Centre d’hébergement d’urgence

Portrait de Nodjonawa Koné, de profil.
Nodjonawa Koné, photographiée à l’extérieur du centre.
Nodjonawa Koné avec sa fille à l’extérieur du centre.
Je me sens en sécurité ici.

Nodjonawa Koné

Pendant longtemps les publics d’Adoma ont été exclusivement masculins. Aujourd’hui 30 % des personnes logées de moins de 35 ans sont des femmes et 30 % des hébergées par Adoma sont des femmes majeures. Nombre d’entre elles sont des mamans solos comme Nodjonawa Koné dont le parcours rappelle tant d’autres.

« Madame Koné arrive », prévient Anne intervenante sociale au sein du Centre d’hébergement d’urgence (CHU) Adoma de Saint-Thibault-des-Vignes (77). La cadence des bruits de pas qui proviennent du couloir interpelle cependant.

L’instant d’après, une fillette aux faux airs de Minnie Mouse apparaît dans l’encadrement de la porte de la salle de réunion. Fatima (18 mois), suivie comme son ombre par son grand frère Losseni (3 ans), précède, comme souvent, maman. Pourquoi marcher, quand on sait courir ?

Un tourbillon de vie qui réveille l’ancien Ehpad reconverti par Adoma au printemps 2025. Losseni et Fatima ne sont pas les seuls petits au CHU. Sur les 150 hébergés, 46 sont mineurs et 26 ont moins de 3 ans.

Fuir le mariage forcé

Sac à langer vissé sur l’épaule et biberon en main, la « Supermum » de 31 ans entre à son tour dans la pièce. Losseni et Fatima papillonnent un peu autour de leur mère avant de se diriger vers la nouvelle salle de jeu du centre à l’invitation de Valérie, intervenante sociale.

Le répit sera de courte durée alors Nodjonawa Koné commence sans tarder : « J’ai grandi dans le Nord-Ouest de la Côte d’Ivoire. Dans un milieu rural. Là-bas c’est la savane. Je suis fille de cultivateur. On fait pousser le riz, le manioc, le maïs, l’igname et le haricot.»

Deuxième des cinq enfants du foyer Nodjonawa est la seule fille et pour elle l’école s’arrêtera en CM2, quand ses parents tombent malades. « Ils n’avaient plus les moyens de payer ma scolarité et il fallait s’occuper d’eux. » Nodjonawa Koné travaille alors aux champs et passe derrière les fourneaux jusqu’au jour où « mes oncles ont voulu me marier. J’ai choisi de fuir ce mariage. » Direction le Mali un peu plus au nord. À Bamako Nodjonawa survit de petits commerces en vendant des oranges et des arachides. Mais la capitale malienne n’est qu’une étape.

« J’étais juste heureuse d’avoir survécu »

Ses économies en poche, avec quelques compagnes d’infortune elle se lance dans la périlleuse traversée du Sahara en direction de l’Algérie. « J’avais très peur, se remémore Nodjonawa. Peur des mauvaises rencontres. Peur d’être volée alors que je voyageais avec tout ce que j’avais. » Alger et sa région sont au bout de la route : « La population locale n’était pas très accueillante. On nous a souvent dit de rentrer chez nous » Mais rentrer n’est pas une option, plutôt dormir dans la rue jusqu’à trouver les moyens, en faisant des ménages, de se louer une petite chambre.

L’étape algérienne dure un an, avant d’aller voir plus loin, toujours plus loin. Nodjonawa explique : « Quand je suis partie de Tunisie, je n’avais pas forcément dans l’idée de tenter la traversée pour l’Europe. J’ai d’abord rejoint Tunis pour échapper à quelque chose »

Échapper au danger, défier le destin, le fil conducteur des migrants d’Afrique subsaharienne, jusqu’à trouver face à soi la Méditerranée. Douce pour les uns, terrible pour les autres.

« Je ne sais pas nager, j’ai toujours eu très peur de l’eau, » confesse Nodjonawa. Encouragée par une amie, elle embarque malgré tout, en pleine nuit, sur une frêle embarcation avec quarante autres exilés, sans savoir où elle va.

« J’étais tellement stressée, je ne me rappelle pas clairement le moment où nous sommes arrivés en Italie. Je ne savais pas où je me trouvais. J’étais juste heureuse d’avoir survécu. »

Nodjonawa Koné avec sa fille à l’extérieur du centre.

Dormir dans la bouche du métro Basilique de Saint-Denis

En vie, et en Europe, la route de l’exil ne s’arrête pas pour autant.

Direction Paris avec l’espoir de trouver du soutien auprès de lointaines connaissances. Les portes ne s’ouvrent pas et l’aide se résume à un minuscule morceau de circuit imprimé. « On m’a donné une puce pour mon téléphone, témoigne Nodjonawa. J’ai pu appeler le 115. » Mais appeler le 115 ne signifie pas solution immédiate. L’errance reprend ses droits, en région parisienne cette fois. Rosny-sous-Bois, Sevran, Saint-Denis, les nuits dans les rues de la Seine-Saint-Denis se succèdent, « jusque dans la bouche du métro Saint-Denis – Basilique », avant d’obtenir des solutions d’hébergement temporaires.

En août 2023, Nodjonawa donne naissance à un petit garçon à l’hôpital parisien Lariboisière. Le papa lui est déjà loin. Avec Losseni, elle découvre la vie en hôtel social à Livry-Gargan. Nouvelle rencontre, nouvelle grossesse, une petite fille voit le jour.

« Je me sens en sécurité ici »

L’hôtel social qui accueille la famille à Noisy-le-Grand doit être détruit. Il faut une nouvelle fois rassembler ses affaires, en direction de la Seine-et-Marne et le CHU d’Adoma à Saint-Thibault-des-Vignes qui a ouvert quelques semaines plus tôt.

« Ici j’ai une chambre de 15 m2 pour les deux petits et moi, avec des sanitaires seulement pour nous. Les cuisines partagées sont spacieuses. C’est beaucoup mieux que tout ce que j’ai connu, sourit pudiquement Nodjonawa. Je me sens en sécurité ici. Les équipes d’Adoma sont là pour nous aider au niveau administratif. »

Le 28 novembre 2025, la demande d’asile de la petite Fatima est acceptée et depuis ce mois de septembre 2026 Losseni a fait sa rentrée à la maternelle.

Une sortie de clandestinité (sous le statut de parent d’enfant réfugié) et un semblant de stabilité qui permettent à la maman solo d’enfin se projeter vers l’avenir. « Jusqu’à ce que Fatima entre à l’école, je m’occupe des enfants. Après j’aimerais faire une formation d’aide-soignante. »

La priorité pour Nodjonawa reste donc les deux « petits monstres » qui ont fait leur retour dans la salle de réunion et réclament l’attention de maman.

« Moi je ne suis pas allée loin. Si Losseni et Fatima vont loin ça me fera plaisir. Je leur souhaite la vie le meilleur possible. » Et pourquoi pas rêver grand ? « J’aime le football et j’imagine Losseni footballeur professionnel. » Il sera alors temps de trancher une question d’importance : sous quel maillot jouer en sélection nationale ? « S’il veut jouer pour la France ça me va, concède en rigolant Nodjonawa, avant d’ajouter plus sérieusement : la France nous a tout donné. »

Nodjonawa Koné, assise dans une pièce du centre.

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